Conseils canapé en velours 19 octobre 2026 - 6 min lecture

Le 16 avril 1399, au palais de Westminster, le roi Richard II d'Angleterre rédige son testament. Il y précise que son corps devra être « vêtu et enseveli de velours blanc ou de satin, à la manière royale ».

Six siècles plus tard, le même tissu recouvre le canapé devant lequel vous regardez la télévision. Entre les deux, il s'est passé une histoire assez peu banale, voire deux distinctes, car le velours lisse et le velours côtelé ne sont pas arrivés dans nos salons de la même manière, ni depuis le même milieu social.

Un tissu de luxe

Le mot vient du latin villosus, qui signifie velu. L'étoffe se développe en Italie dès le XIVe siècle, où Lucques, Gênes, Florence, Venise et Catanzaro deviennent les grands centres de production européens. Leurs velours passent pour les plus beaux textiles du Moyen Âge.

Si le tissu coûte si cher, c'est pour une raison purement technique. Le velours est un tissu à poil dressé, c'est-à-dire que ses fibres se tiennent debout au lieu d'être tissées à plat. Cela demande davantage de matière, davantage de temps et un savoir-faire que peu d'ateliers maîtrisent.

Par conséquent il est réservé aux vêtements liturgiques, aux robes royales et aux tentures de prestige.

De Gênes à Lyon

Le tissage de la soie gagne la France au XVe siècle, à Lyon et à Tours, sous l'impulsion de Louis XI. Puis, au début du XVIe siècle sous François Ier, le tissage du velours s'implante à Lyon et entre en concurrence directe avec la production génoise.

La France se dote ainsi de sa propre industrie du velours, mais le tissu reste un produit de cour. Il faudra encore trois siècles pour qu'il arrive dans les intérieurs ordinaires.

XIXe siècle, le velours entre dans le salon

Au milieu du XIXe siècle apparaît le velours chaîne double pièce, une technique où deux tissus sont tissés simultanément, reliés par une même chaîne de poil, puis séparés par une coupe. Cette technique devient vite mécanique et la capacité de production augmente considérablement.

Le velours devient alors accessible à la bourgeoisie, et c'est précisément le moment où il quitte la garde-robe pour la pièce à vivre.

Sous le Second Empire, il figure parmi les étoffes d'ameublement en vogue, aux côtés du reps et des tapisseries d'Aubusson. On le trouve dans les espaces nobles des résidences impériales, mais aussi dans les appartements bourgeois.

Le tapissier prend alors une telle importance qu'on parle de style tapissier. Le capitonnage fait un grand retour, le tissu plissé et piqué en petits losanges maintenus par des boutons, sur un rembourrage de crin et de laine souvent associé à des ressorts. Des franges de passementerie dissimulent les pieds des sièges.

C'est aussi la période où apparaissent des sièges pensés pour la conversation plutôt que pour la représentation. La chauffeuse, le confident qui accueille deux personnes face à face, la boudeuse où l'on s'assoit dos à dos, ou encore la borne, un grand canapé circulaire.

Autrement dit, le canapé en velours confortable sur lequel on s'affale n'est pas une invention des années 70, il a près de deux siècles.

Le velours côtelé, l'histoire inverse

Techniquement, le velours côtelé est un cousin du velours. Les deux dérivent de la futaine, et ses côtes, appelées wales en anglais, sont formées par des fils supplémentaires tissés dans l'étoffe puis coupés pour créer le relief. Il circule en Europe depuis le XVIIIe siècle.

Mais socialement, tout l'oppose au velours de soie. Il naît dans les vêtements des citadins des zones industrielles, autrement dit comme tissu de travail, solide et bon marché. Il deviendra ensuite l'emblème du vêtement de campagne britannique, avant de connaître un essor mondial au XXe siècle, avec un sommet dans les années 1970.

Et c'est seulement après ce passage par la mode qu'il arrive sur les canapés. Là où le velours de soie est descendu de la cour vers la bourgeoisie, le velours côtelé est monté de l'atelier vers le salon.

💡 Le saviez-vous ? Personne ne sait d'où vient le mot anglais corduroy, qui désigne le velours côtelé. Quelques hypothèses majeures existent :

  • Cord + duroy soit la corde pour les côtes accolée au duroy, une étoffe de laine grossière tissée en Angleterre au XVIIe siècle.
  • Le nom de famille Corderoy, que l'on retrouve écrit dès 1789 sur l'annonce d'un tisserand américain.
  • « Corde du roi », la plus répandue et la moins crédible. L'expression n'est attestée nulle part en français, où le tissu s'appelait simplement velours à côtes. Le mot apparaît en anglais dès 1774. Si l'expression venait vraiment de France, on s'attendrait à la trouver là-bas en premier. Et puis le velours côtelé n'a probablement jamais rien eu de royal.

Le velours aujourd'hui

Ces deux trajectoires expliquent assez bien la façon dont on perçoit encore les deux matières.

Le velours lisse garde quelque chose de sa fonction d'origine. Il capte la lumière, crée de la profondeur et habille une pièce de manière unique et chaleureuse. C'est lui qui donne immédiatement une impression de sophistication, et il supporte très bien les teintes profondes, bleu nuit, vert bouteille, ou encore bordeaux.

Le velours côtelé conserve son côté ouvrier avec des côtes qui apportent du caractère sans faire précieux, ce qui explique qu'il fonctionne aussi bien dans un intérieur décontracté que dans une déco très travaillée.

Quant au capitonnage, aux pieds bas et aux assises profondes qui font le confort d'un canapé contemporain, ils viennent des salons du XIXe siècle. L'histoire de ce tissu est moins lointaine qu'elle n'en a l'air.

Pour composer votre pièce, nous avons détaillé trois façons de le faire dans notre article canapé en velours, trois ambiances. Et pour choisir le modèle, consultez notre sélection Best Mobilier de canapés en velours et de canapés en velours côtelé.

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